Le Métropolitain

  • Le drame européen de l'Holocauste

    Le devoir de mémoire concernant la Shoah doit nous faire songer à prendre une direction nouvelle et historiquement responsable dans le cadre de la désormais très impopulaire construction européenne. Comment comprendre le Kulturstaat allemand, et comment ainsi arriver à une "Europe naturelle", ou "Europe des Nations"? La question allemande.

     

    Il ne sera pas passé inaperçu aux yeux d'un quidam de l'analyse politique que l'UE est un système dissymétrique reposant sur un privilège allemand: la zone Euro est structurellement et techniquement conforme mieux aux intérêts germaniques qu'à ceux des pays du Sud, ce qui entraîne des tensions en matière de valeur monétaire et empêche une véritable stratégie commune ; mastodonte financier et économique avec sa BCE de Francfort et son parlement qui se permet seul d'amender des textes de lois communes ensuite validés pour tous les pré-signataires, l'Allemagne est la locomotive aujourd'hui malheureuse d'une Europe qui est traînée dans la boue au bout d'une chaîne d'institutions intermédiaires. La France en paie le prix fort principalement, avec un démantèlement signifiant de ses fleurons nationaux et de son industrie, y compris militaire et concernant ses intérêts vitaux, au profit de l'Allemagne - quand ce n'est pas selon une énième trahison américaine, ces derniers profitants du truchement des institutions et du climat idéologique ambiant douteux pour ce faire.

     

    Mais qu'est-ce que l'Allemagne, et que peut-elle se permettre au regard de son histoire qui, hélas, n'est autre que le contre-exemple à l'origine de la construction de l'unité européenne postmoderne? L'Allemagne n'a pas toujours été unifiée politiquement, et n'avait d'ailleurs pas intrinsèquement vocation à l'être: terre de barbarie, puis de barbarie chrétienne ; territoire carolingien ; Saint-Empire romain germanique, Prusse, l'Allemagne est avant tout et par nature un état de fait, plus qu'une construction idéologique. Nous devrions plutôt d'ailleurs parler d'Allemagnes, strictement, de par le fait que son unité - souvent racialisée - correspond en fait à une projection métaphysique propre à la nature contemplative de la grande poésie allemande de l'ère (néo)classique. L'Allemagne était-elle un seul et unique système du temps de Friedrich Schiller ou Johann Wolfgang von Goethe, de Friedrich Wilhelm Schelling et d'Emmanuel Kant? Non ; mais c'est paradoxalement à ce moment qu'elle s'exprimait dans toute sa plénitude. Alors où est le problème?

     

    L'Allemagne moderne est le fruit d'un miracle économique, ou Wirtschaftswunder. À la traîne des pays premièrement industrialisés et puissances coloniales française et anglaise, et hollandaise, sa vaste unité religieuse (notamment, piétiste) et sa conscience métaphysique propre lui ont conféré des rêves de grandeur nationale - et c'est sous l'empereur de Prusse Wilhelm I qu'Otto von Bismarck, homme d'État militaire, donna à ces territoires relativement reclus des débordements de civilisation du 19ème siècle une impulsion "commune" sous la houlette du libéralisme classique théorisé auparavant par Friedrich List: celle-ci, cependant, n'était pas naturelle ou, pour utiliser un vocable cher aux penseurs allemands, organique. Devant faire face à des divisions internes relativement fortes et propres au régionalisme lui-même fruit d'une mentalité pieuse, conservatrice et passablement alourdie dans la régularité et la sûreté de ses institutions, von Bismarck n'a eu d'autre moyen pour unifier politiquement la Prusse et les régions autres de ce nouveau pays que la force - en envahissant la France, prise comme ennemi "commun". C'est à Versailles, et suite à la guerre franco-prussienne de 1870, dont le désastre humanitaire provoquera la fameuse Commune de Paris, que l'alliance allemande (proto-pan-germanisme) est signée ; et le miracle économique de suivre avec des politiques objectives dans les strates nouvellement supérieures de sa gouvernance.

     

    Mais l'histoire tourne court: sur diffamation et complots pro-bismarckiens, l'empereur suivant, Wilhelm II, se voit trahi à de multiples reprises par ces consortiums d'industriels et de grands militaires couramment dénommés "complexe militaro-industriel", de la Ruhr à l'état-major ; l'aristocratie qui avait servi à justifier l'émergence de l'Allemagne se voit donc embarquée contre sa volonté dans la Grande Guerre, puis exilée par le général Paul von Hindenburg. Le sentiment racial remplaçant alors le sentiment religieux très fort des allemands dans un pays qui plus est semi-occupé par des accords de Versailles économiquement impraticables voit sa population traumatisée se déchirer en factions adverses violentes, et nous connaissons la suite. Cherchant à faire barrage au communisme, von Hindenburg comme la finance internationale - de la City à la Fondation Rockefeller - suppléeront aux rivages de l'Enfer suite à une "révolution conservatrice" avortée, suivant l'expression d'Armin Mohler, représentée notamment par le cardinal et résistant Clemens August von Galen, et dont le dernier héritier contemporain pourrait être Julien Freund (GRECE).

     

    Le pays est ensuite divisé entre Allemagne de l'Ouest capitaliste, et République Socialiste Soviétique à l'Est ; Mur de Berlin puis réunification "à la schlague" par Helmut Kohl, dont mon grand-oncle rentier allemand dit "mehr Alkohol mit"... et l'Union européenne, qui se construit ensuite en absolue rupture avec l'amitié entre Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, non en Europe de Nations souveraines - la Grande-Bretagne nous l'a rappelé en prenant le large récemment, mais en système d'intégration des économies périphériques à l'Allemagne dans sa propre technostructure, ainsi que l'avait réalisé l'Allemagne de l'Ouest à l'égard de celle de l'Est, comme nous le montre cet économiste et philosophe de l'Institut normal supérieur de Pise.

     

    En bref, nous avons-là un "pays" qui depuis sa fondation est soit en guerre, soit ruiné, soit en ruines, soit occupé, soit occupant. C'est-là un schéma fort impérialiste, sans compter ainsi que sa propre construction, dont la construction européenne n'est que la continuité, est le fruit direct de la trahison de son propre empereur, et le fruit indirect du communisme d'une part, et du génocide du peuple hébreu de l'autre! Nous pouvons maintenant aborder le sens du titre de cet article: l'Allemagne peut-elle se permettre, suite à l'Holocauste, d'ainsi mener le bal - qui plus est - de la moralité dans la géostratégie européenne, sous les auspices plus ou moins illusoires d'une mythologie millénariste nouvelle aux ornements écologiques, et dans l'oubli formel, en de tels avatars, de la chrétienté? Le nudisme et le naturisme danois, origine mythique de la révolution sexuelle, en seraient-ils les justificatifs dénudés autour d'une nymphe aryenne courant au-devant d'un mâle à tresses au bas d'une montagne sacrée? Certes non, "sérieusement" (pour citer M. Philippe).

     

    Le truchement des significations voire de notre sémiotique de civilisation européenne au travers de constructions méthodologiques sociologiques et philosophiques issues, encore, de Francfort et des US n'y feront pas barrage: il y a une dramatique de la condition allemande dans cette construction européenne qui suit l'élimination systématique de ses éléments les plus brillants sous l'Holocauste. Peut-être que l'Allemagne, si elle n'avait pas éliminé sa nouvelle classe supérieure montante juive réformiste issue des réformes d'accès aux études supérieures sous von Bismarck - du ministre weimarien Rathenau à Magnus Hirschfeld et Erwin Panofsky et à Albert Einstein, en passant par Viktor Klemperer, auteur de La Langue du Troisième Reich, carnet d'un philologue - peut-être aurait-elle alors su enrichir sa germanité, dont ce dernier parle très bien, de telle façon qu'elle pût ensuite s'enorgueillir d'être la puissance impériale incontestable du continent. Mais ce n'est pas le cas ; et voici donc l'élément dramatique: l'élimination du Peuple Élu l'a rendue illégitime, et le jeu actuel qu'elle prétend ne pas faire n'en est que la pitoyable conséquence. Non, l'Allemagne n'a pas, n'a plus et n'a en fait jamais eu vocation à diligenter en l'état la politique européenne, et toute tentative du genre se terminera forcément en une comédie bourgeoise aussi vaine que le nihilisme des seigneuries russes à l'abolition de l'esclavage. Le drame est que l'Allemagne qui se croit capable a éliminé sa propre élite européenne, comprendre, la Diaspora. Avec le rêve éteint d'une nouvelle Terre Promise au fond d'un cagibi concentrationnaire sulfureux, "Deutschland über alles" est devenu un tabou!...

     

    Alors, ce n'est pas à l'Allemagne d'avoir une légitimité d'exception au sens schmittien, encore moins me dira-t-on. Il nous faut donc trouver une solution qui puisse satisfaire tout le monde, allemands préférant s'appeler européens, peuples des Nations normales d'Europe, et mémoire collective, pour ne pas dire religieuse (car l'Holocauste pourrait fort bien être ajoutée quelque-part dans nos Bibles). Cette solution s'appelle la construction européenne.

     

    Pour une Europe structurellement allemande, et une gouvernance à la française

     

     

    Les choses ayant été ainsi faites et l'effort surhumain d'après-guerre aidant, notamment sous les Trente Glorieuses, nous ne devons pas perdre de vue la valeur et le potentiel de ce qui fait la discipline allemande, tout en nous remémorant les dires de Madame de Staël (in De l'Allemagne, 1813) quant au problème de la mentalité allemande: une soumission au pouvoir civil suivant un esprit d'équité bien respecté au sein des tribunaux et une indépendance globale accordée au monde intellectuel pour soi qui aboutissent sur une mauvaise gouvernance, une gouvernance autoritaire naturelle. Une Europe dont la culture rejoindrait les ambitions d'un Denis de Rougemont ne pourra pas se passer de Kulturstaat, et le Kulturstaat allemand ne peut émerger sans une délocalisation comme une décentralisation de cette gouvernance devenue fédérale et funestement inéluctable sous les auspices capitalistes naturels, encore, de la concentration du Capital. Sans entrer pour autant dans une autre révolution aux effets secondaires plus désastreux encore que le mal à traiter, nous pouvons simplement envisager un passage du modèle allemand au modèle français qui, par l'universalisme et le multipolarisme bien équilibré d'un Montesquieu ou d'un Montaigne pas si éloignés, d'ailleurs, d'un Johann Gottfried von Herder, permettra aux Nations européennes de vivre leur autodétermination prophétique dans un cadre protégé et en faveur d'une concurrence internationale loyale. Mais nous ne pourrions y parvenir que par le biais d'une restructuration radicale de l'Allemagne au sein de l'Union, et ce, avec une subtilité diplomatique toute suisse - ou suédoise. 

     

    Voici quelques idées sous la forme de notes pour ce faire:

    • (auto-)démantèlement de l'état fédéral allemand ;
    • restructuration de celui-ci en tant qu'Union européenne, de façon neutre ; ce qui implique:
    • euro-régionalisation de l'Allemagne (gouvernance décentralisée, ou Opale, via les institutions européennes couplées à l'autogestion exercée par le biais de "villes libres" ou "d'empire") ;
    • déplacement de la capitale européenne à Aix-la-Chapelle, cité de Charlemagne, avec une redistribution des rôles exercés ici en faveur de la France, de l'Autriche et de la Hongrie (séparément) ;
    • perte de la représentativité allemande au sein des institutions européennes, avec droit de veto présidentiel en contrepartie (le président allemand pouvant être conservé seul à titre autrement honorifique, tel qu'aujourd'hui); 
    • remplacement du drapeau allemand par le drapeau européen, le drapeau allemand pouvant encore servir à titre folklorique ;
    • remplacement de l'hymne allemand par l'hymne européen (d'un compositeur allemand: Ludwig van Beethoven. Quel hasard!) ;
    • réaffectation de l'armée allemande en armée européenne ; 
    • recyclage du parlement allemand en Académie des sciences et de la culture des pays germaniques ; etc.

     

    Ces points impliqueraient comme axe majeur l'application du modèle économique allemand à l'ensemble du continent, notamment pour le profit des réformes dites Hartz qui, dès les années 2000, provoquèrent un effet de siphon compétitif pour le marché des entreprises, de la fiscalité et de l'emploi en Europe. L'Allemagne ainsi réformée, pour mieux exprimer ma position, serait ainsi chargée de toute l'administration européenne en tant qu'État-Europe, ou empire administratif ; cela conviendrait à sa nature gouvernementale, sans pour autant nous en faire souffrir les défauts, et cela permettrait enfin d'établir un meilleur dialogue entre les États et les Églises grâce à sa perspective académique protestante. Les anciens zonages allemands pourraient ainsi être restitués, notamment le Royaume de Bavière, et la Prusse ; ce qui règlerait au passage le problème de la Pologne, peut-être, par une union personnelle territoriale sous la houlette d'un aristocrate à nouveau légitime.

    Pourquoi pas un Habsbourg?...

     

    File:Motte Napoléon devant le trône de Charlemagne à Aix-la-Chapelle.jpg -  Wikimedia Commons

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